L'IMC est la mesure standard utilisée depuis des décennies pour définir le surpoids et l'obésité. Il est simple, rapide et largement utilisé en milieu clinique. Mais de nouvelles recherches sur l'estimation de la composition corporelle suggèrent que passer de l'IMC à des mesures plus directes, comme le pourcentage de masse grasse (BF%), pourrait améliorer l'évaluation et la prise en charge de l'obésité (Potter et al., 2024).
Cet article explique la différence entre l'IMC et le BF%, pourquoi le BF% peut être plus précis, et ce que de nouveaux seuils de BF% pourraient signifier pour la définition du surpoids et de l'obésité.
Définition rapide : IMC vs BF%
IMC (Indice de Masse Corporelle)
Un ratio poids-taille utilisé pour classer le statut pondéral.
BF% (Pourcentage de masse grasse)
Une mesure de la proportion de votre corps constituée de graisse.
Ce ne sont pas la même chose. Deux personnes peuvent avoir le même IMC et des compositions corporelles très différentes.
Section 1 : Comprendre l'IMC
L'IMC se calcule en divisant le poids d'une personne en kilogrammes par le carré de sa taille en mètres (kg/m²) (National Heart, Lung, and Blood Institute, 2023).
Catégories d'IMC utilisées en pratique clinique :
Insuffisance pondérale : IMC < 18,5
Poids normal : IMC 18,5–24,9
Surpoids : IMC 25–29,9
Obésité : IMC ≥ 30
Les professionnels de santé utilisent souvent l'IMC comme outil de dépistage pour estimer la masse grasse et évaluer les risques liés au poids. C'est pratique, mais cela présente des limites importantes (Nuttall, 2015).
Les limites de l'IMC
1. Il ne distingue pas la masse grasse de la masse musculaire ou osseuse.
2. Il ne reflète pas où la graisse est stockée dans le corps.
3. Il peut être moins précis pour les athlètes, les personnes âgées ou certains groupes ethniques.
C'est pourquoi l'IMC peut mal classer les personnes. Quelqu'un avec une masse musculaire élevée peut être étiqueté en surpoids ou obèse malgré une faible masse grasse. Une autre personne peut se situer dans une plage d'IMC « normale » tout en ayant un niveau élevé de masse grasse et les risques pour la santé qui y sont associés.
Une critique majeure est aussi historique. L'IMC a été introduit il y a presque deux siècles par un mathématicien belge et n'a pas été conçu à l'origine comme un outil de diagnostic médical.
Quelle peut être l'ampleur de cet écart ?
Une étude récente de Visaria et al. (2023) a comparé la prévalence de l'obésité en utilisant l'IMC et le pourcentage de masse grasse (BF%) et a trouvé une différence frappante :
Selon l'IMC : 36 % des adultes sont classés comme obèses
Selon le BF% : 74 % des adultes sont classés comme obèses
Section 2 : L'argument en faveur du pourcentage de masse grasse (BF%)
Le BF% mesure directement la proportion de graisse dans le corps. Il donne une image plus claire de la composition corporelle en séparant la masse grasse de la masse maigre. Des moyens pratiques pour estimer le BF% deviennent plus accessibles et plus précis, notamment : analyse d'impédance bioélectrique (BIA)
La BIA estime la masse grasse en envoyant un faible courant électrique à travers le corps et en analysant sa propagation à travers différents tissus (Lyons-Reid et al., 2020).
Mesures des plis cutanés
Cette méthode utilise des pinces pour mesurer l'épaisseur des plis cutanés à différents sites afin d'estimer la graisse sous-cutanée (Silveira et al., 2020).
Scanner DEXA (absorptiométrie biphotonique à rayons X)
La DEXA utilise des rayons X à faible dose pour distinguer l'os, le tissu adipeux et la masse maigre. Elle fournit des mesures précises du BF% et de la densité osseuse (Chaves et al., 2022 ; Laskey, 1996).
Section 3 : Nouveaux seuils de BF% pour le surpoids et l'obésité
Des recherches récentes suggèrent que les seuils cliniquement significatifs de BF% pour le surpoids et l'obésité pourraient être :
Pour les hommes
Surpoids : 25 % de masse grasse
Obésité : 30 % de masse grasse
Pour les femmes
Surpoids : 36 % de masse grasse
Obésité : 42 % de masse grasse
Ces seuils reflètent les différences basées sur le sexe dans la composition corporelle et visent à mieux capturer l'accumulation de graisse malsaine (Potter et al., 2024).
Section 4 : Pourquoi le BF% peut être la meilleure mesure
Mesure plus directe
Le BF% mesure la graisse elle-même, qui est le tissu le plus étroitement lié à de nombreux risques liés à l'obésité.
Lien plus étroit avec les résultats de santé
Les seuils de BF% sont liés à la prévalence du syndrome métabolique, une comorbidité clé liée à l'obésité qui inclut le risque cardiovasculaire.
Plus personnalisé
Le BF% prend en compte les différences de masse musculaire et de composition corporelle que l'IMC ne peut pas.
Seuils spécifiques au sexe
Les hommes et les femmes peuvent être évalués en utilisant des seuils qui reflètent de réelles différences biologiques.
Plus axé sur la santé
Le BF% est plus étroitement lié à des résultats tels que le risque cardiométabolique, qui est directement influencé par un excès de masse grasse corporelle.
Section 5 : Limites à garder à l'esprit
Pas d'accord universel mondial
Il n'existe pas encore de consensus complet sur les seuils de pourcentage de masse grasse (BF%) entre différentes populations.
Variation selon l'âge et le sexe
Le BF% évolue naturellement avec l'âge et diffère selon le sexe, ce qui peut nécessiter des plages de référence distinctes.
Sensibilité de la mesure
Certaines méthodes, en particulier la BIA, sont influencées par l'hydratation, la prise alimentaire récente et l'activité physique, ce qui peut affecter la précision.
Conclusion
Des preuves récentes suggèrent que passer de l'IMC au BF% pourrait représenter un progrès majeur dans la définition et la gestion du surpoids et de l'obésité. Avec des seuils proposés de 25 % et 36 % de BF pour le surpoids chez les hommes et les femmes, et de 30 % et 42 % pour l'obésité, les professionnels de santé pourraient offrir des stratégies plus précises et personnalisées pour la prise en charge de l'obésité.
À mesure que les outils de composition corporelle s'améliorent et deviennent plus accessibles, le pourcentage de masse grasse (BF%) est de plus en plus considéré comme une mesure privilégiée pour évaluer et gérer l'obésité (Potter et al., 2024).
Références
Chaves, L.G.C. de M., et al. (2022). Évaluation de la composition corporelle par densitométrie corporelle totale : ce que les radiologues doivent savoir. Radiologia Brasileira, 55, 305–311. doi:10.1590/0100-3984.2021.0155-en.
Jayedi A, et al. (2020). Graisse centrale et risque de mortalité toutes causes : revue systématique et méta-analyse dose-réponse de 72 études de cohortes prospectives. BMJ. 2020;370.
Laskey, M.A. (1996). Absorptiométrie biphotonique à rayons X et composition corporelle. Nutrition, 12(1), 45–51. doi:10.1016/0899-9007(95)00017-8.
Lyons-Reid, J., et al. (2020). Analyse par bio-impédance électrique — Un outil facile pour quantifier la composition corporelle chez le nourrisson ? Nutrients, 12(4). doi:10.3390/nu12040920.
National Heart, Lung, and Blood Institute (2023). Calculez votre IMC.
Nuttall, F.Q. (2015). Indice de masse corporelle. Nutrition Today, 50(3), 117–128. doi:10.1097/nt.0000000000000092.
Potter, A.W., et al. (2024). Définir le surpoids et l'obésité par le pourcentage de masse grasse plutôt que par l'indice de masse corporelle. The Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, dgae341. doi:10.1210/clinem/dgae341.
Silveira, E.A., et al. (2020). Évaluation du pourcentage de masse grasse par équation des plis cutanés, bio-impédance et densitométrie chez les personnes âgées. Archives de Santé Publique, 78(1). doi:10.1186/s13690-020-00449-4.
Visaria, A., et al. (2023). Prévalence de l'obésité basée sur le pourcentage de masse grasse vs. l'indice de masse corporelle. Présenté à ENDO 2023, réunion annuelle de la Endocrine Society, Chicago, IL.





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